BIEN CHOISIR SES MOTS OU LA FORME PLUS QUE LE FOND,

Il ne faut pas dire « ceux qui empoisonnent l’Humanité et la Nature sont des salauds » mais « L’humanité et la Nature se porteraient mieux si l’on prenait mieux en compte les préoccupations environnementales ». Voilà qui est plus convenable !
On ne dit pas que « les niches fiscales sont des filouteries mises en places par des véreux qui transforment l’impôt progressif en impôt dégressif » mais qu’ « il serait opportun réfléchir à la problématique des niches fiscales ». C’est quand même beaucoup plus chic !
On ne dit pas : «Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y ! », mais la misère, les atrocités dans le monde posent parfois la question de l’intervention divine. On ne sait jamais ; il ne faut jamais insulter l’avenir !
On ne dit pas : « Celles et ceux qui sont contre la mixité au sein de certains groupes de réflexion règlent petitement leur problème avec l’autre sexe et devraient travailler, sur le long terme, avec un bon psy »…Finalement si, on peut bien le dire, et on peut même ajouter : « Leur refus de la mixité interroge sur leur préoccupation première : la construction d’un monde meilleur et plus éclairé pris en charge par des femmes et des hommes de bonne volonté ou la préservation du maintien d’une ambiance pépère dans les réunions d’une trentaine d’humains du même sexe ». A chacun ses priorités et sa hauteur de vue !
On ne dit pas : «Je parle, je discours, je monologue, je soliloque sans cesse, mais, finalement, j’en ai strictement rien à branler » mais, « Avant d’agir, il est toujours bon de s’appuyer sur des réflexions longues et fécondes ». Effectivement, ça ne mange pas de pain !
Il ne faut surtout pas dire : « Chef, vos décisions incohérentes et vos instructions confuses démontrent, depuis longtemps, que vous disposez d’une belle marge de progression » surtout quand on espère toucher la prime au mérite à la fin de l’année, mais : « Chef, si je puis me permettre, il me semble difficile d’illuminer mieux que vous le chemin que nous devons prendre ». Le lèche-cul, lui, sera le plus souvent méritant.

Raymond Brunner